LANGUE & LITTÉRATURE

Le gascon noir


On appelle communément parler « noir » la variété de gascon du littoral landais, entre Le Barp et Biarritz. Le linguiste Jacques Allières s’est amusé, après Théobald Lalanne, à nous donner la phrase-type que les voisins des Landais « noirs » sont censés utiliser pour se moquer d’eux : Le pelha de le hemne qu’es nega [lə’pœʎəðələ’hœmnəkəh’nœɣə] (= la robe de la femme est noire) dont l’équivalent en gascon « clair » est [la’peʎəðəla’hemnə,kes’neɣə]. Le trait marquant qui le définit est donc la prononciation [œ] ou [ø], comme dans peur ou peu, de tous les /e/ accentués. Puisque l’appellation « gascon maritime » est trop large (le Bassin d’Arcachon et les landes médoquines ne sont pas du gascon « noir »), nous conserverons cette dénomination populaire. Il s’agit donc d’une espèce de gascon occidental « extrême ». Son centre géographique et linguistique est idéalement situé dans un quadrilatère comprenant les communes de Saint-Julien–en-Born, Bias, Mézos, Uza, Lévignacq et Lit-et-Mixe.

Limites

Le parler « noir » est essentiellement landais puisque la quasi totalité de son territoire se situe au cœur du massif forestier des Landes de Gascogne. Le sud du département de la Gironde, toute la partie littorale de celui des Landes et la région du Bas-Adour, dans les Pyrénées-Atlantiques, sont concernés. Il s’agit d’un phénomène qui n’est certainement pas anecdotique puisqu’il occupe un territoire de cent cinquante kilomètres du nord au sud et environ cinquante kilomètres d’ouest en est. L’abbé Théobald Lalanne parle même d’une frontière extrêmement précise qu’on peut pratiquement suivre d’une maison à l’autre.


Voici la totalité des 140 communes de la zone du gascon « noir » :

Département de la Gironde (12) : Le Barp, Belin-Beliet, Bourideys, Hostens, Louchats, Lugos, Mios et Lacanau-de-Mios, Saint-Léger-de-Balson, Saint-Magne, Saint Symphorien, Salles, Le Tuzan.

Département des Landes (120) : Angoumé, Angresse, Arengosse, Argelouse, Arjuzanx, Audon, Aureilhan, Azur, Begaar, Belhade, Bénesse-lès-Dax, Bénesse-Maremne, Beylongue, Biarrotte, Bias, Biaudos, Biganon, Biscarrosse, Boos, Callen, Capbreton, Carcarès-Sainte-Croix, Carcen-Ponson, Castets, Commensacq, Escource, Gaas, Garrosse, Gastes, Gourbera, Gousse, Herm, Hossegor, Josse, Labenne, Labouheyre, Laluque, Léon, Lesgor, Lesperon, Lévignacq, Linxe, Liposthey, Lit-et-Mixe, Lüe, Luglon, Luxey, Mano, Magescq, Mées, Messanges, Mézos, Mimizan, Moliets-et-Maa, Morcenx, Moustey, Oeyreluy, Onard, Ondres, Onesse-et-Laharie, Orist, Orx, Ousse-Suzan, Parentis-en-Born, Pey, Pissos, Pontenx-les-Forges, Pontonx-sur-l’Adour, Port-de-Lanne, Préchacq, Richet, Rion-des-Landes, Rivière-Saas-et-Gourby, Sabres, Saint-André-de-Seignanx, Saint-Barthélémy, Sainte-Eulalie-en-Born, Sainte-Marie-de-Gosse, Saint-Etienne-d’Orthe, Saint-Geours-de-Maremne, Saint-Jean-de-Lier, Saint-Jean-de-Marsacq, Saint-Julien-en-Born, Saint-Laurent-de-Gosse, Saint-Lon-les-Mines, Saint-Martin-de-Hinx, Saint-Martin-de-Seignanx, Saint-Michel-Escalus, Saint-Pandelon, Saint-Paul-en-Born, Saint-Paul-lès-Dax, Saint-Vincent de Tyrosse, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Yaguen, Sanguinet, Saubion, Saubrigues, Saubusse, Saugnacq-et-Cambran, Saugnacq-et-Muret, Seignosse, Seyresse, Sindères, Solférino, Soorts, Sore, Soustons, Taller, Tarnos, Tercis-les-Bains, Thétieu, Tosse, Trensacq, Uza, Vicq-d’Auribat, Vielle-Saint-Girons, Vieux-Boucau-les-Bains, Villenave, Ychoux, Ygos-Saint- Saturnin.

Département des Pyrénées-Atlantiques (8) : Anglet, Bassussary (gasconophone pour partie), Bayonne, Biarritz, Boucau (relevant autrefois de Tarnos et érigée en commune en 1857), Guiche, Saint-Pierre-d’Irube (gasconophone pour partie) et Urt.

  • Le gascon « noir » girondin occupe le sud-est du Pays de Buch et le sud-ouest des landes de Cernès. Ce sont les communes du Barp, Belin-Beliet, Hostens, Lugos, Mios, Salles et Saint-Magne.
  • Le gascon « noir » bazadais concerne le sud-est des landes de Cernès et le sud-ouest du Bazadais. Ce sont les communes de Bourideys, Louchats, Saint-Léger-de-Balson, Saint-Symphorien et Le Tuzan qui regardent vers Argelouse, Callen Luxey et Sore. Cet ensemble, surtout en ce qui concerne les communes du département des Landes, est assez proche du grand-landais.
  • Le gascon « noir » grand-landais pour la majeure partie du Pays de Born et la partie septentrionale de la Grande-Lande. Ce sont les communes d’Aureilhan, Belhade, Biganon, Biscarrosse, Commensacq, Escource, Gastes, Labouheyre, Liposthey, Lue, Mano, Moustey, Mimizan, Parentis-en-Born, Pissos, Pontenx, Richet, Sainte-Eulalie-en-Born, Saint-Paul-en-Born, Saugnacq-et-Muret, Solférino, Trensacq et Ychoux. Sabres au sud-est et surtout Sanguinet au nord-ouest peuvent y être rattachées.
  • Le gascon « noir » marensinois qui est la variante centrale, le cœur du gascon « noir ». Il couvre le sud du Born, le Marensin, une commune du Maremne, la partie méridionale de la Grande-Lande (dont le Brassenx et quelques communes de la vicomté de Dax), un peu du Pays d’Orthe et quelques villages de la Chalosse occidentale. Ce sont les communes d’Angoumé, Arengosse, Arjuzanx, Audon, Azur, Begaar, Bénesse-lès-Dax, Beylongue, Bias, Boos, Carcarès-Sainte-Croix, Carcen-Ponson, Castets, Garrosse, Gourbera, Gousse, Herm, Josse, Laluque, Léon, Lesgor, Lesperon, Lévignacq, Linxe, Lit-et-Mixe, Luglon, Magescq, Mées, Messanges, Mézos, Moliets-et-Maa, Morcenx, Oeyreluy, Onard, Onesse-et-Laharie, Orist, Ousse-Suzan, Pey, Pontonx-sur-l’Adour, Port-de-Lanne, Préchacq, Rion-des-Landes, Rivière-Saas-et-Gourby, Saint-Etienne-d’Orthe, Saint-Geours-de-Maremne, Saint-Jean-de-Lier, Saint-Julien-en-Born, Saint-Michel-Escalus. Saint-Pandelon, Saint-Paul-lès-Dax, Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Yaguen, Saugnacq-et-Cambran, Seignosse, Seyresse, Sindères, Soustons, Taller, Tercis-les-Bains, Thétieu, Tosse, Uza, Vicq-d’Auribat, Vielle-Saint-Girons, Vieux-Boucau-les-Bains, Villenave, Ygos-Saint-Saturnin.
  • Le gascon « noir » de Bayonne et du Bas-Adour qu’on trouve dans la majeure partie du Maremne, le Seignanx, le Pays de Gosse, Bayonne et quelques communes du Labourd. Ce sont donc les communes d’Anglet, Bassussary (pour partie), Bayonne, Bénesse-Maremne, Biarritz, Biarrotte, Biaudos, Boucau, Capbreton, Guiche, Labenne, Ondres, Orx, Saint-André-de-Seignanx, Saint-Barthélémy, Saint-Jean-de-Marsacq, Saint-Laurent-de-Gosse, Sainte-Marie-de-Gosse, Saint-Martin-de-Hinx, Saint-Martin-de-Seignanx, Saint-Pierre-d’Irube (pour partie), Saubion, Saubrigues, Tarnos, Urt. Angresse, Gaas, Saint-Lon-les-Mines, Saint-Vincent-de-Tyrosse, Saubusse et Soorts-Hossegor sont intemédiaires entre le marensinois et le bayonnais mais peuvent être classées dans ce dernier.

On pourrait même ajouter à ces cinq variantes celle qui était parlée par la communauté gasconne du Guipuscoa, entre Fontarrabie et Saint-Sébastien, installée depuis le XIIe siècle. Elle existait encore à la fin des années 1920 et parlait le gascon « noir » de type bayonnais.

Formation du gascon noir

Notre propos ne se veut absolument pas péremptoire, il va beaucoup user du conditionnel tant les affirmations dans le domaine que nous traitons sont vaines et présomptueuses. Il n’en demeure pas moins un faisceau d’indices, que nous allons présenter, nous permettant d’ouvrir des pistes et d‘élaborer des hypothèses, sans doute très provisoires. Édouard Bourciez ne se trompe d’ailleurs pas quant aux difficultés que soulève la question, dont il n’hésite pas à dire qu‘elle est une des plus délicates du vocalisme gascon1.

La date du changement

À l’époque d’Édouard Bourciez, presque personne n’a encore étudié le vocalisme « noir » et la maigre bibliographie qu‘il livre ne lui est d‘aucun secours. À vrai dire, dans la littérature linguistique, ces hypothèses de datation ou d‘explication du phénomène « noir » sont rares et pour le moins prudentes. Mais selon lui, l’affaiblissement du –A final atone en [-ə] daterait de la fin du XIIe siècle. Cependant il écrira aussi que, dans certaines parties de la région, l’affaiblissement devait avoir eu lieu au IXe siècle2. Il reconnaît, presque comme une fatalité, qu’il n’est pas facile de déterminer l’époque du passage [e] > [œ]3 et il appelle à son secours quelques auteurs comme Grateloup ou Passy4. Ces derniers ne l’aident pas beaucoup. Il conteste d’ailleurs formellement l’hypothèse du second, qui pense à un « emprunt à la langue du Nord » ne pouvant guère remonter plus haut que le XVIIe siècle. Il avance alors, très prudemment, le XVe siècle comme date possible du changement. Rohlfs et Ronjat, sans plus de précisions, parlent d‘une « évolution sûrement récente »5.

En 1879, Luchaire écrivait que la langue gasconne était constituée dès le XIe siècle et dans les années trente du vingtième siècle, Jean Bourciez pensait que cet idiome avait pris sa physionomie propre à la même époque6. Or, dès le VIe siècle, d’après une lecture de Virgile de Toulouse, le « […] bigourdan se singularisait » déjà par rapport aux autres variétés de latin parlées dans le midi de la Gaule. La mutation F > H était accomplie au moins depuis cette époque7. Si nous suivons Chambon, nous pouvons supposer que « l’individualisation du gascon-par-définition était entièrement acquise ca 600 au plus tard et que le début de ce processus remonte au moins à la période wisigothique (ca Ve siècle) »8. En suivant Jungemann9, nous pouvons raisonnablement établir un lien entre le castillan et le gascon et supposer qu’en gascon, à l’instar du castillan, le système vocalique à trois degrés était déjà constitué au IXe siècle et est évidemment antérieur aux textes les plus anciens. Le système castillan, asturo-léonais et navarro-aragonais est né du latin tardif et la fermeture [ɛ] > [e] était acquise avant les phénomènes de diphtongaison. Nous émettons la même hypothèse pour le gascon occidental et « noir » avec ses phones [ɛ] et [œ]. D’autre part, une grande partie de la population de Vieille Castille était bilingue10 euskera-castillan et cela explique que les deux systèmes vocaliques étaient identiques. Les réflexions de Jungemann permettent de penser qu’il n’y a pas eu de phase proto-romane commune en Espagne et que le système vocalique castillan était différencié, dès ses origines, par rapport à l’est catalan et à l’ouest gallaïco-portugais. Le vocalisme du castillan est différent des autres langues romanes et cela peut s’expliquer par un substrat basque. On peut faire les même suppositions pour la Gascogne.

Un autre indice sur la date de ce changement phonétique du gascon « noir » peut-être trouvé à Labastide-Clairence. Ce village, fondé au début du XIVe siècle et dont la construction était achevée avant 1316, fut peuplé par des gens venus de Rabastens-de-Bigorre. Il s’agit d’une enclave gasconne en territoire basque. Malgré cette situation géographique et son voisinage immédiat avec Urt, qui est en zone « noire », ses habitants n’ont pas procédé à la mutation [e] > [œ]. Cela signifie peut-être que ladite mutation était déjà accomplie en ce début de XIVe siècle. Si elle avait eu lieu à une date postérieure, nous ne voyons pas pourquoi les habitants de cette ville nouvelle n’auraient pas modifié leur vocalisme « clair », à l‘instar de leurs seuls voisins gascons d’Urt. Nous pensons qu’ils l’ont conservé, malgré le voisinage avec une zone ayant déjà procédé à ce changement, car on sait le caractère trivial que devait déjà revêtir le vocalisme d’Urt, surtout aux yeux de ces Bigourdans. Mais la double influence des deux systèmes vocaliques voisins, à trois degrés d’aperture, a dû se faire sentir puisque les descendants des nouveaux arrivants, bien que n’ayant pu se résoudre à accepter le phonème /œ/ accentué, ont fini par procéder à la neutralisation de l’opposition /e/~/ɛ/ > [ɛ]. C’est en effet cette réalisation semi-ouverte qui y est majoritaire avec 62% contre seulement 1% de /e/, 37% des réalisations représentant un timbre [ẹ] moyen11. Certains contextes particuliers de réalisations des voyelles accentuées peuvent également nous donner des indications.

Tout d’abord la fermeture [ɛ] > [e], qui n’affecte pratiquement pas le gascon « noir », doit être postérieure à la labialisation12. Cependant, les quelques lexèmes dont la voyelle tonique a rejoint le stade labiopalatal semi-ouvert, peut-être par analogie, semblent signifier que le changement était encore actif à cette époque, qu’on peut situer au plus tard vers les Xe-XIe siècles si l‘on songe au terme de « vieux provençal » qu’utilise Ronjat pour dater [ɛ] > [e] ou encore plus à l’expression « De bonne heure en Gaule méridionale » de Bourciez.

Les diphtongaisons conditionnées sont aussi un indice puisque la voyelle noyau, qui a abouti a [e] en gascon « clair », est passée à [œ] en gascon « noir ». Si l’on considère que ces phénomènes de diphtongaison conditionnée ont étés actifs, selon les cas, entre le VIe siècle et le XIe siècle, on peut alors supposer que la labialisation [e]>[œ] était également active durant toute cette période. Cette hypothèse va contre Millardet qui pense que la labialisation, dans ce contexte, n’aurait abouti qu’au XIVe siècle13. Nous pensons que la réalisation labiopalatale semi-ouverte de ces diphtongaisons n‘est pas du même ordre que celle du nord-occitan, du provençal ou de l’aire d’oïl et doit être plutôt reliée au phénomène de labialisation du gascon « noir ».

Nous pouvons encore évoquer le développement du phonème intercalaire entre I et L, qui se réalise par le phone [-œ-] en gascon « noir » et date du latin tardif ou de l’époque romane. Par conséquent, la labialisation était active à ce moment qu’on peut situer entre le IVe et le VIIIe siècle.

En dernier recours, nous pouvons prudemment faire appel aux textes, avec toutes les réserves que nous avons déjà exprimées. Les écrits les plus anciens ont des graphies tout à fait surprenantes pour les finales atones et les prétoniques internes, ainsi que pour les articles définis féminins. Luchaire remarquait d’ailleurs que l’article féminin était le/les et que l’examen des textes anciens prouvait que la langue du lieu n’avait pas varié depuis le Moyen-Âge14. On ne peut bien entendu pas dire quel était le timbre de ces e puisque les accents graphiques sont inconnus de la scripta médiévale. Représentaient-ils une voyelle palatale ou bien labiopalatale ? Celle-ci était-elle semi-ouverte ou semi-fermée ? Y avait-il une opposition [e] ~ [ɛ] ou bien cette dernière était neutralisée ? Nous ne pouvons rien affirmer. Cependant, la logique nous incite à supposer que ces écarts par rapport à la scripta « provençale » traduisent une réalité phonétique déjà acquise et bien ancrée à la date où les premiers textes sont rédigés. La labialisation [œ], ou [ø], de la voyelle palatale semi-fermée serait ainsi antérieure aux XIe et XIIe siècles. Pour la voyelle finale atone [-ə], Bourciez avance son apparition au IXe siècle dans une partie de la Gascogne15, qui ne peut être que celle que nous étudions ici. L’analyse des textes infirme par contre Ronjat qui ne note l’apparition de -e à la place de –a qu’au XIIIe siècle en Béarn16 alors que la Bigorre l’utilise dès le XIIe siècle.

Si nous additionnons toutes les indications que nous venons d’énoncer, nous pensons pouvoir émettre l’hypothèse selon laquelle la labialisation du gascon « noir » est antérieure au XIe-XIIe siècles, date à laquelle son activité semble très probable. Nous pensons que ladite activité a débuté très tôt, vraisemblablement à l’époque romane et peut-être proto-romane, entre le VIe et le VIIIe siècle. En fait, il est possible que le système vocalique du gascon occidental et « noir », avec ses trois degrés d’aperture dans la série palatale, date des origines de la romanité novempopulanienne.

Un changement structural

Arrivés à ce point de notre exposé, nous pensons pouvoir dire que le vocalisme du latin tardif ou du proto-roman a subi un véritable changement structural en gascon, au moins dans la variété occidentale de cette langue. Les tentatives de datation que nous venons d’effectuer et les réponses que nous proposons nous entraînent irrémédiablement sur la pente, il est vrai très hasardeuses, des hypothèses concernant la ou les causes de la formation du vocalisme occidental et « noir ».

  • Lhypothèse du changement structural spontané

Hagège et Haudricourt pensent que l’explication d’un fait de langue à l’aide de l’hypothèse substratique est trop commode et fut trop utilisée par les linguistes et philologues de la première moitié du XXe siècle. Ils émettent donc d’importantes réserves quant aux explications de cet ordre et citent notamment la mutation F > H dans les parlers ibériques et gascons, qui n’est pas forcément la conséquence d’une interférence de type substratique17. Cette première hypothèse va dans ce sens, qui ne peut admettre une quelconque interférence et présuppose une phase proto-romane et proto-occitane commune à tout le sud de la Gaule. La thèse est régulièrement admise d’une langue originelle qui aurait connu le destin de Babel. Nous citerons Anglade pour lequel cette langue, d’abord unifiée, s’est ensuite dialectalisée puis réunifiée sous l’influence des troubadours au XIIe siècle18. Si l’on suppose que le phénomène de labialisation est postérieur à cette phase commune /e/, on peut raisonnablement penser que la projection et l’arrondissement des lèvres a d’abord aboutit au timbre semi fermé [ø] et que la loi du moindre effort articulatoire19 a progressivement mené vers une phase intermédiaire [ɵ] puis une ultime évolution [œ]. Cette hypothèse qui suppose un galloroman méridional plus ou moins unifié, et qui s’est ensuite divisé en dialectes à l’époque médiévale, est assez répandue. Dans cet ensemble, le gascon n’est qu’une simple variété locale peu ou pas caractérisée. Le changement structural est alors très difficile à dater qui a pu intervenir n’importe quand entre les VIIe-VIIIe siècles et le XVIe siècle (ou plus tard).

Édouard Bourciez20 se demande comment le vocalisme « noir » s’est propagé ; du nord au sud depuis les Grandes Landes vers Bayonne, le long de la côte jusqu’à l’embouchure de l’Adour ? Depuis Bayonne, où il se serait d‘abord produit pour ensuite rayonner en éventail vers le nord ? Dans le même article, il donne comme argument « une sorte de paresse des organes antérieurs » dont l’explication serait « les conditions climatériques, telles que le voisinage de la mer et une athmosphère humide […] peuvent avoir eu de l’influence sur ce changement […] Une sorte d’épidémie, à laquelle, dans un groupe social et à un moment donné, personne n’échappe […] Une anémie transitoire des centres nerveux, qui fait qu’un certain son, pendant un temps donné, ne peut plus être prononcé, et qu’il est remplacé par un autre » 21. Il cite enfin l’abbé Rousselot pour lequel « Une cause de cette nature, à supposer qu’elle dépende des conditions générales de climat, de salubrité, de vie, doit être commune aux habitants d’un même village, d’une même région, et se manifester chez tous à peu près en même temps ». Nous ne sommes pas loin des descriptions naturalistes du Second Empire dans lesquelles les Landais étaient peints comme des quadrumanes vêtus de peaux de bêtes.

Le cas du catalan des Baléares, comme l’écrit Allières, semble renforcer la thèse selon laquelle le vocalisme landais est indépendant de tout substrat. Il est possible qu’on ait affaire à un changement spontané, qui se serait propagé à partir d’un centre de diffusion, à une époque qu’on peut supposer postérieure au XIIe siècle. Les textes sont peut-être un indicateur qui partagent l’aire en deux ; à l’extrême sud la scripta bayonnaise est le signe que le phénomène a son origine dans les environs de cette ville et que la labialisation s’est propagée vers le nord pour atteindre la région de Salles au XVIe siècle. La conservation des graphies A dans la zone de la scripta bordelaise serait un indice de cette progression du vocalisme « noir », qui aurait gagné les 140 kilomètres qui séparent Bayonne de Salles entre le XIIe et le XVIe siècle. Il est vrai que l’ancien territoire des Tarbelles se situait entièrement dans l’aire du gascon « noir » et remontait vers la Grande Lande. L’évêché de Dax recouvrait également la majeure partie de l’aire « noire » et la Sénéchaussée de Tartas, puis des Lannes, s’y inscrivaient dans sa quasi totalité. Le foyer originel serait donc l’axe Bayonne-Dax-Tartas avec une progression sud-nord que l’influence bordelaise aurait arrêtée à la lisière de la lande et aux abords du Bassin d’Arcachon. Quant à la neutralisation de l’opposition phonologique /e/ ~ /ɛ/ > /ɛ/, il peut s’agir d’une évolution récente que les romanistes d‘avant l’A.L.G. n’évoquaient jamais et dont ils n‘avaient vraisemblablement pas connaissance.

– Première phase : passage du latin classique au latin tardif, entre les IVe et Ve siècles.

– Deuxième phase : passage du latin tardif au galloroman méridional ou proto-roman commun entre les VIe et VIIIe siècles. Le gascon, d‘abord peu caractérisé par rapport au reste de la Gaule méridionale, se singularise progressivement entre les IXe et XIe siècles.

– Troisième phase : changement structural spontané, entre les XIIe et XVIe siècles ; /e/ > /ø/ > /ɵ/ > /œ/, /e/ > /ø/ > /œ/ > /y/ > /i/ dans certains contextes. Au même moment, la langue des troubadours ramène le gascon vers l‘occitan central ou « classique ».

  • L’hypothèse de l’archaïsme en régression

L’hypothèse que nous venons de proposer nous rappelle que la théorie générative ou transformationnelle énonce l’aspect créateur du langage. Ainsi chaque locuteur est apte à mettre en œuvre un système linguistique et, pour peu qu’il soit doté d’un prestige suffisant, apte à l’imposer à ses contemporains. Comme le souligne Bertil Malmberg, toute innovation phonétique a son origine à un endroit donné et probablement chez un seul individu22. L’innovation se répand alors à partir d’un centre de rayonnement et son effet va en s’affaiblissant avec la distance. L’extension dépend du prestige du groupe innovateur ainsi que des facilités de communication. Or, la dialectologie nous indique que le gascon « noir » se situe au milieu de nulle part, dans une zone n’ayant aucun centre urbain important. Comme le dit Lalanne, nous sommes ici « assis sur le pays basque et adossés à la mer, dans un secteur à deux buttoirs linguistiques inébranlables, garantis sur deux côtés contre toute invasion23 ». Il écrit également que le son [œ] n’est pas emprunté au français car il semble autochtone. En effet, sa périphérie et Bordeaux sont du gascon « clair », celui qui utilise le phonème /e/, quand Labouheyre, considéré comme « centre de gravité » du gascon « noir », se trouve à 100 kilomètres au sud « en pleine brousse24 ». Nous ne voyons donc pas quels locuteurs prestigieux, prince, poète ou clercs d’un monastère réputé, seraient à l‘origine d’un tel bouleversement phonologique. D’ailleurs, il est peu probable que de tels hommes, représentant l’élite socio-culturelle de leur temps, eussent procédé à un tel changement contre la norme de ceux de leur rang. Il suffit de lire le même Lalanne pour voir à quel point le gascon du littoral et ceux qui le parlent sont méprisés, encore aujourd’hui, par leurs voisins immédiats du Buch, du Bordelais, du Bazadais ou de la Chalosse. L’abbé n’hésite pas un instant qui utilise les adjectifs « ridicule » et « lugubre » ou parle de « lèvres barbares », « sonorité vulgaire », évolution « désastreuse » face à un vocalisme « subtil », « délicat » et même « aristocratique »25. D’autre part la propagation des innovations, en ce qui concerne l‘occident gascon, se fait généralement du nord vers le sud et non pas l‘inverse, Bordeaux ayant un rayonnement bien supérieur à celui de Bayonne, Dax ou Tartas.

Nous savons que, dès le Moyen-Âge, le gascon ne jouissait d’aucun prestige. Le fait qu’aucun troubadour, y compris ceux dont on sait ou dont on pense qu’ils étaient gascons, n’ait utilisé le « lengatge estranh » est un indice révélateur. Anglade ne dit pas autre chose quand il écrit que la poésie de troubadours gascons comme Cercamon ou Marcabrun présente peu ou pas de solutions gasconnes. Cela revient à dire qu’ils n‘écrivaient pas dans leur langue. Baldinger déclare à ce sujet que « Les Provençaux, ont toujours senti le gascon comme un idiome étranger.26 » Quant à sa variante « noire », elle atteint de tristes sommets qui « […] ahurit le linguiste et décourage le poète. Les voisins raillent tant de noirceur, et les félibres ne sont pas loin de regarder le littoral comme la honte du gascon. Les usagers eux-mêmes, en déplacement, commencent à prendre conscience de la trivialité de leur phonétique […] unique parce que monstrueuse27 ».

Le cas particulier du Bas-Médoc peut constituer un éclairage intéressant en faveur de notre théorie de la régression. Il semble en effet avoir très tôt été soumis aux influences exogènes. C’est ce qui ressort de l’article de Guiter à propos de l’implantation gauloise en Gascogne28. Il présente plusieurs cartes concernant la diffusion des toponymes en –acu29 qui atteignent le cours de la Garonne en Gironde et débordent en Bas-Médoc, signe que l’estuaire et le fleuve n’ont pas constitué une barrière hermétique, même si « l’élément celtique n’est pas très présent dans le domaine gascon30 ». D’ailleurs, ses cartes nous montrent qu’un courant très important est descendu par la vallée de la Garonne à partir de l’actuelle limite des trois départements de Gironde, Dordogne et Lot-et-Garonne, dans les environs de Duras, Miramont-de-Guyenne et Eymet. Ce courant s’est ensuite infléchi vers l’ouest, toujours par la vallée du fleuve, pour gagner le cours moyen de l’Adour dans le département des Hautes-Pyrénées. C’est d’ailleurs ce chemin que semble le plus souvent prendre les innovations venues de Toulouse et du Languedoc. Il est vraisemblable, à propos du Médoc, que ce qui est vrai pour les Gaulois puisse l’être des populations qui leur ont succédé. La Gironde et le Lot-et-Garonne sont également considérés par Millardet comme le « passage naturel des invasions septentrionales », le Médoc constituant une espèce de tête de pont31. Cela renforce plutôt l’hypothèse d’une influence saintongeaise et limousine en Médoc et Bordelais, influence qui se traduira plus tard par l’adoption des innovations linguistiques dont nous allons traiter. Alibert, dans un long article de 195132, remarque ainsi que « L’idiome littéraire a subi la double influence du Limousin et du Haut-Languedoc ».

Alain Viaut écrit que le Médoc a connu une influence ancienne du dialecte d’oïl voisin33, qui est le saintongeais et Luchaire faisait de même en 1879 pour qui, en allant vers la pointe de Grave, la ressemblance avec les patois girondins diminuait et la langue se rapprochait de celle de l’autre rive du fleuve34. Ronjat parle même d’une colonie saintongeaise récente qui se serait établie au Verdon35. Mais on peut supposer que cette influence a également existé à l’époque de la Saintonge d’oc, surtout au XIe siècle, au moment où les terres du sud de la Garonne sont entrées dans le duché d’Aquitaine. Quant à l’influence anglaise ou anglo-normande, elle ne semble pas avoir été très importante36. Nous nous permettons de rappeler ici qu’il n’y a pas eu « d’occupation » anglaise en Gascogne et que les « Anglais » de cette époque ne parlaient pas l’anglais car cet idiome ne devint officiel qu’en 1399, une cinquantaine d’années avant la bataille de Castillon. Le duché est le berceau des premiers grands troubadours, dont Guillaume VII, porteurs d’une langue et d’une culture prestigieuses qui ont peut-être laissé des traces dans le gascon de la presqu’île.

Les cartes linguistiques montrent que le « semi-noir » médoquin est pris dans l’étau formé par le Bas-Médoc et le Bordelais. Il donne en cela l‘impression d’une zone de conservatisme qui se serait détachée de l‘aire « noire », son pendant méridional à trois degrés d’aperture, et en serait séparée par le pays de Buch, toujours très influencé par la métropole bordelaise. Édouard Bourciez37 note que l’idiome gascon a subi, venant de l’est et s’exerçant surtout par l’intermédiaire de Toulouse, une très forte pression languedocienne qui a en partie désorganisé sa morphologie et introduit beaucoup d‘innovations. Haudricourt parle à ce sujet d‘adstrat et de superstrat occitan en gascon38. Nous revenons ici à notre hypothèse selon laquelle cette pression aurait été, au moins autant, originaire d’outre-Gironde à l’époque où cette région était encore occitanophone et avant que le centre de gravité de la koinè ne rejoignît le Languedoc. Ronjat écrit que la langue d’oc arrivait au Moyen-Âge jusqu’au nord de Barbezieux39 et Allières laisse entendre que la Saintonge n’était plus occitanophone au XIIIe siècle40, ce que confirme Wartburg qui précise que cette dernière région et le Poitou étaient francisés au XIIe siècle41. Les traits provençaux, au sens ancien du terme, 1, 2, 3 et 4 ne se retrouvent nullement dans les dialectes du Bordelais et sont limités au seul Bas-Médoc. Quant au trait 7, il n’affecte que l’Entre-deux-Mers et laisse Bordeaux à la rhizotonie. Encore ne parlons-nous pas ici des traits spécifiques gascons que le Bordelais, Médoc compris, ignore. La carte n° 19 présente les isoglosses de ces innovations en Gironde. Nous pouvons penser que le Bas-Médoc n’a jamais procédé à la neutralisation de l’opposition [e] ~ [ɛ]. Ces exemples, qu’on pourrait multiplier pour le reste de la Gascogne, vont contre la thèse de la fragmentation dialectale régulièrement soutenue pour le gascon par rapport à l’occitan42. Cette opinion est aussi battue en brèche par Chambon et Greub qui écrivent « Cette langue (le gascon) s’est coordonnée ensuite, sociolinguistiquement et, dans une certaine mesure, linguistiquement au provençal43 ». Allières énonce également que le gascon est un ensemble très original qui s’est rapproché, au cours des siècles, du modèle languedocien44. Ces remarques faites au sujet du consonantisme sont elles valables pour le vocalisme ? Un vocalisme innovant, plus proche du modèle « provençal », aurait-il émergé à la suite d’une phase proprement autochtone, au moins pour la partie occidentale du domaine ?

Nous émettons l’hypothèse que, à l’instar des faits que nous venons d’évoquer, le vocalisme à trois degrés du gascon occidental et du maritime « noir » est plutôt en régression, ou en état de survie, qu’en expansion. La forme que dessine la carte n° 7 semble montrer une poussée du vocalisme commun, d’origine orientale et qui se confond avec le reste du domaine d’oc, dans les zones les plus peuplées. Les contrées littorales, qui sont les plus éloignées des grands centres urbains, généralement propagateurs des changements et véritables détenteurs du prestige linguistique, sont aussi les moins peuplées et cela explique peut-être le renflement que dessine la carte au nord-est de la zone, qui est un véritable désert humain commençant aux portes de Bordeaux et s‘étendant sur des dizaines de kilomètres vers l‘ouest et le sud.

La carte n° 14 donne à voir une situation géographique comparable. Ces contrées, longtemps évitées par les populations voisines, encore plus que les vallées pyrénéennes, car bien plus pauvres et sans intérêt économique, arrivaient tout juste à faire survivre leur population indigène. Quant au sud du massif forestier et au bassin d’Arcachon, plus riches et plus peuplés que les landes du Médoc et la Grande-Lande littorale, la pression est plus forte et la progression « noire » moins logique que celle, à l’inverse, du vocalisme commun. L’infléchissement, vers l’ouest, de l’isoglosse [e/œ] ne se produit qu’à partir du moment où le no man’s land landais ne semble plus infranchissable, c’est-à-dire à partir du pays de Roquefort et du Marsan ainsi que le long de la vieille voie qui relie Bordeaux au pays des Boiates, où le vocalisme commun perce le front de celui à trois degrés d‘aperture. Ce mouvement général, vers une langue plus ou moins unifiée à partir d’un standard occitan, semble par ailleurs caractéristique de toute la Gascogne orientale puisque le degré de gasconnité y est bien moindre, du fait de la proximité de l’aire languedocienne dont le prestige linguistique a toujours été supérieur, jusqu‘à nos jours, à celui du gascon. Nous rappelons que c’est encore la variété centrale, dite languedocienne45, du domaine linguistique d’oc qui est souvent présentée comme la référence, voire la norme, et non pas le gascon. Mais aujourd’hui, la « norme » n’a pas de réels effets sur les faits dialectaux, contrairement à ce qui pouvait se passer au Moyen-Âge.

Nous pouvons alors supposer une mutation vocalique quasiment directe entre le latin tardif et le proto-gascon, qu’Allières appelle « proto-roman local »46, dès la fin de l‘Empire. Baldinger note47 que le gascon a « […] Un aspect très particulier qui distingue (le gascon) de tous les autres idiomes du territoire gallo-roman […] C’est à la péninsule ibérique qu’il se rattache le plus nettement », ou encore « ces évolutions font penser à des influences indigènes et préromanes », « La Gascogne […] a gardé fidèlement un état très archaïque alors que la plus grande partie du domaine occitan a connu de nombreuses innovations tout au long de l’histoire » à l’image du catalan qui lui aussi « […] A plus facilement cédé aux innovations48 », et enfin « Le gascon est archaïsant et isolé à l’intérieur de la Galloromania, il se rapproche plus de la Péninsule Ibérique ». Si l’on admet l’effet de substrat sur le consonantisme et sur le lexique gascons, pourquoi ne pourrait-on pas l’admettre sur le vocalisme ? C‘est exactement ce qu’écrit Jungemann à propos du castillan, « En vista de que ciertos fenómenos consonánticos del castellano pueden obedecer al influjo del eusquera, sería absurdo negar categóricamente la posibilidad del influjo eusquera sobre las vocales castellanas49 ». En effet, un système archaïque ne connaissant que trois degrés d’aperture dans la série palatale, ainsi qu’une certaine rusticité de l’ensemble de son vocalisme, a pu influencer le proto-roman local, pour reprendre l’expression d’Allières, et que Chambon et Greub50 appellent « proto-gascon ». On peut supposer que ce proto-gascon occidental a, dès le début, c’est-à-dire dès le Ve-VIe siècle si l’on suit Chambon quand il évoque les traits définitoires du gascon, procédé l‘élimination du phonème /e/, par neutralisation ou par labialisation. En effet, si le consonantisme gascon se détermine à partir cette époque, il est permis de supposer que c’est aussi le cas, au moins pour partie, de son vocalisme. « En matière de phonétique, rien n’est plus difficile que de perdre son accent. Une fois la langue latine acquise, on conserve l’articulation préromane51 ». Les considérations de Jungemann à propos du castillan nous paraissent applicables au gascon dans la mesure où, à l’époque à laquelle il est né, l’endroit et ses habitants se rattachaient nettement à l’aire ibérique.

Le phonème /œ/ pourrait aussi être une innovation postérieure à la neutralisation, rétablissant ainsi une opposition équilibrée sur le même degré, entre /ɛ/ et /ɔ/, puisque les habitants de la Gascogne occidentale semblent refuser /e/. Ce phénomène peut être comparé à la fermeture [o] > [u] du XIVe siècle, qui a comblé le vide créé par la palatalisation ū > y. Mais cela suppose une espèce de souvenir plus ou moins conscient de ladite opposition, phénomène fort peu vraisemblable et même impossible puisque une neutralisation est en principe irrécupérable. Nous émettons plutôt l’hypothèse que la réduction à trois degrés, par neutralisation de l’opposition [e]~[ɛ]>[ɛ] ou labialisation [e]>[ø]>[ɵ]>[œ] est un changement structural vraisemblablement dû à une interférence linguistique de type vasco-aquitain. Ce changement serait donc indépendant des phénomènes de d’assimilations, dissimilations ou différenciations et aurait bouleversé l’économie du système vocalique en introduisant une nouvelle unité distinctive. Quant à [y] et [i] < /ø/, ils seraient apparus plus tard sous l’effet d‘une labiale ou d‘une palatale.

En ce qui concerne le catalan des Baléares, pour lequel il semble s’agir d’un changement spontané, l’aire concernée est très limitée géographiquement et ce trait dialectal est marqué du point de vue sociolinguistique52. Malgré ce qu’il écrit à ce sujet, Allières n’a jamais abandonné l’idée du substrat pour le gascon « noir » puisque, dès 197653, il note que l’élimination de /e/ est peut-être due à un phénomène extérieur et, reparlant du catalan des Baléares, évoque des processus structuraux pour ce dernier et pour le gascon occidental en citant Séguy qui avait écrit, « Nous serions enclins à considérer l’altération de A en pays de Seignanx non comme une innovation, mais comme le résidu d’un état autrefois beaucoup plus étendu ». Le cas d’un paradigme de C oxyton en [-i-] à Cauterets, puis l’existence d’une petite aire entre autour d’Arrens, ou /e/ et /i/ primitifs se sont neutralisés en /i/, lui font penser à une nouvelle « butte témoin » d’une aire « autrefois beaucoup plus étendue ». Il ajoute que la morphologie est propre à conserver les traces d’évolutions anciennes. Son hypothèse est alors que le système à trois degrés d’aperture du gascon maritime est peut-être lié au voisinage du basque dont le système vocalique est comparable. Il s’agirait donc d‘un substrat plus que d’une propagation et il s’étonne que le gascon n’ait pas conservé davantage de traits différentiels dans l’ensemble occitan. Pour ce qui est des Baléares, il considère que les faits évoqués ont peut-être une ancienneté égale aux faits gascons et clôt son article en écrivant que l’action d‘un substrat ibère peut ne pas différer beaucoup de celle d’un substrat aquitano-euskarien. Onze ans plus tard54, il relie le système vocalique occidental à la présence de l’euskera, dans la mesure où il « […] Reflète exactement le système basque et n’en diffère que par la présence des voyelles labiopalatales » [œ] et [y]. Son ultime contribution à la romanistique prouve qu’il est resté attaché à cette idée jusqu’à la fin de sa vie car il y écrit que le système à trois degrés du gascon et du castillan ne peut pas être séparé du schéma basque55. Il fait ainsi clairement état de sa croyance en un substrat vasco-aquitain « de cualquier tipo que sean ellas (las huellas)56 » et ajoute que le « gascon le plus gascon », celui de l’ouest et surtout du sud-ouest, coïncide avec le basque. Tout comme Allières, nous ne pouvons nous résoudre à abandonner totalement cette hypothèse de l’interférence substratique. Cela va dans le sens de l’intuition qu’avait eue Luchaire il y a cent vingt sept ans, qui percevait clairement des similitudes phonétiques entre basque et gascon et qui écrivait que « […] La langue des Aquitains était, comme l’idiome ibérien de l’Espagne, de la même famille que celle des Basques actuels ; que son domaine s’étendait à peu près, du temps de César et Strabon, sur la même région que celle où l’on parle aujourd’hui le dialecte gascon, c’est-à-dire sur la province ecclésiastique d’Auch ; que cet ancien idiome, supplanté par le latin populaire, a laissé des traces de lui même […] dans le vocabulaire et la constitution phonique du gascon […] » et que « […] l’Euskara d’aujourd’hui n’est autre chose […] que la langue aquitanique elle même, conservée dans un coin de la chaîne des Pyrénées57 ». Hagège et Haudricourt, après avoir émis d’importantes réserves quant aux thèses privilégiant les causes substratiques, admettent que, même si le substrat ne doit pas être utilisé comme une solution miracle, il convient cependant de pondérer les causes les unes par les autres et ne pas totalement rejeter son action. En effet, toujours selon les mêmes auteurs, les articulations ancestrales peuvent contrarier l‘évolution d’un système phonologique importé de l‘extérieur. Ils évoquent ainsi l’influence prolongée du basque sur le castillan et ajoutent que les changements phonologiques de ce dernier ne peuvent pas être expliqués par des raisons internes58. Jungemann énonce les conditions sans lesquelles un phénomène peut ou non être considéré comme le produit d’un substrat59. Il faut tout d‘abord que ledit phénomène existe de manière structurale dans la langue de substrat, qu’il ne puisse pas s’expliquer uniquement par des facteurs internes, que la communauté parlant l’idiome où l’on trouve le phénomène ait été éloignée et isolée de l’influence métropolitaine et que cette communauté ait été bilingue. Au terme de cette étude, nous pensons que ces quatre conditions étaient réunies pour le gascon « noir ». Nous maintenons l’hypothèse du paragraphe précédent selon laquelle /ø/ fut le phonème primitif du gascon « noir », ayant supplanté le /e/ du latin tardif. Les réalisations labiopalatales semi-fermées qui s’observent encore sur notre aire seraient alors les traces de ce système originel. Il est possible que cette labialisation n’ait touché qu’une partie du gascon occidental. Le reste de la zone éliminait l’opposition /e/ ~ /ɛ/, sans la rétablir par la création d’un nouveau phonème, car la considérant d‘un faible rendement fonctionnel. À moins que /ø/ ait eu une expansion plus importante, dont le « semi-noir » médoquin serait un vestige. On peut supposer le système suivant dès le Ve ou le VIe siècle :

Système vocalique proto-roman local.

Une des caractéristiques du système phonologique de l’occitan est son asymétrie60, il est suivi en cela par le gascon. Il dérive du système symétrique latin, puis latin tardif et enfin proto-roman. Cette asymétrie est due à deux phénomènes ; tout d’abord le passage de /u/ roman à /y/, qui entraîne ensuite comme conséquence la fermeture de /o/ roman en /u/. L’hypothèse d’une mutation directe du latin tardif au proto-roman local, ou proto-gascon, suppose également qu’une asymétrie a existé en gascon occidental. Elle ne concernait pas les voyelles d’arrière mais celles d’avant, du fait de la suppression d’un degré d’aperture. Nous ne devons cependant pas confondre le phonème /y/, issu de /u/, avec /y/, simple variante combinatoire de /ø/ en gascon « noir ». La réduction des triphtongues, qui se propage à partir du Bordelais dès le XIIIe siècle, amène le gascon « noir » septentrional et littoral à réaliser le phonème /ø/ > /y/ en présence d’une labiovélaire ou d‘une palatale. Une seconde phase voit par conséquent le phonème originel rejoindre progressivement le stade labiopalatal semi-ouvert /œ/ ou bien /y/ au nord, dans les contextes que nous venons d’évoquer. Cette mutation [ø] > [ɵ] > > [œ]/[y] fut peut-être concomitante avec la palatalisation /u/ > /y/. Compte tenu de la chronologie supposée des évolutions, [‘nwøjt] > [‘nøjt] > [‘nyjt] ou [‘hwøk] > [‘høk] > [‘hyk], l’hypothèse d’une labialisation [e] > [ø] antérieure au XIIe siècle reste plausible. Une autre évolution conditionnée que nous pensons postérieure, au centre et au sud de la zone, provoque la mutation [yw] > [iw]. La seconde phase supposée des évolutions se présente comme suit :

Evolutions intervenues après le XIIe siècle.

L’hypothèse selon laquelle la palatalisation /u/ > /y/ serait plus tardive en gascon est très plausible. Cette évolution, qui ne serait intervenue qu’à partir du XIIIe siècle, aurait ainsi rééquilibré le système vocalique qui est encore celui que nous connaissons aujourd’hui et dans lequel /œ/ a finalement acquis le rang de phonème. La troisième phase a donc pu être la suivante :

En haut : évolutions postérieures au XIIIe siècle (662 =  > ) ; en bas : situation actuelle.

– Première phase : passage du latin classique au latin tardif, entre les IVe et Ve siècles.

– Deuxième phase : passage du latin tardif au proto-roman local ou proto-gascon occidental entre les Ve et VIe siècles, /e/ > /ø/ / /ɛ/, sous l’effet d‘une interférence de type substratique. La différence entre les deux solutions /ɛ/ et /ø/ n’est pas tellement étonnante si l’on en croit Jungemann, qui écrit que les voyelles du basque parlé en Vieille Castille étaient différentes de celles d’autres zones bascophones61. Celles des Aquitains du littoral pouvaient l’être tout autant d’une aire à l‘autre. Mais on peut aussi supposer que la neutralisation /e/ ~ /ɛ/ > /ɛ/ est bien postérieure et n’a aucun lien avec le phénomène landais de labialisation.

– Troisième phase : après le XIIe siècle, passage de /ø/ à [œ] et/ou [y] puis rééquilibrage du système du fait de la palatalisation de l’occitan classique qui gagne le gascon, lequel connaît l’influence croissante de la prestigieuse koinè pendant son âge d’or, entre le XIe et le XIIIe siècle. Si l’on considère les définitions de substrat, d’adstrat et de superstrat62, le gascon aurait donc un substrat aquitain, langue supplantée par le roman mais qui a eu une influence sur celle qui l’a remplacée, un superstrat germanique (faible) et vascon, langues qui se sont introduites dans le domaine du proto-gascon et qui ont disparu en laissant des traces et enfin un adstrat occitan, langue voisine qui a fortement influencé le gascon du fait de son immense prestige international, entre le XIIe et le XIIIe siècle.

Conclusion

Qu’on le considère comme une langue d’oc autonome, c’est notre opinion, ou qu’on en fasse une simple variante dialectale de l’occitan, le gascon possède une indéniable originalité au sein du groupe occitanoroman et même dans la Romania. Ses variétés occidentale et a fortiori « noire » semblent d‘ailleurs parfaitement illustrer cette originalité aquitano-pyrénéenne, que les plus éminents romanistes européens soulignent depuis maintenant cent vingt sept ans.

Ici comme ailleurs, ce sont les métropoles qui ont conditionné les évolutions et guidé les innovations que le gascon a adoptées. Or, si la Gascogne orientale a connu l’influence de Toulouse et du Languedoc – et nous sommes même tentés de dire que cette influence se fait sentir jusqu’en Béarn oriental, Pau regardant vers l’est et Orthez vers l’ouest – l’occident est resté à l‘écart et fut mieux préservé, même si le rayonnement de Bordeaux, métropole de tout l’ouest gascon, explique l’orientation différente des isoglosses caractérisant les innovations des sous-dialectes girondins. Le faisceau septentrional court ainsi de l’ouest vers l’est quand les isoglosses orientales, témoignant du poids linguistique de Toulouse, dessinent des courbes nord-sud. Le premier forme une espèce de bourrelet qui descend jusqu‘à la hauteur de l’actuelle limite départementale entre les Landes et la Gironde et les secondes épousent plus ou moins la ligne qui, de Labastide-Castel-Amouroux à Gurs, sépare le gascon occidental du gascon oriental. Le gascon « noir » est circonscrit dans sa quasi totalité au sud et à l’ouest des deux faisceaux « bordelais » et « toulousain ». Force est de constater qu‘il occupe une zone dont le centre géographique et de gravité, vers Lévignacq (canton de Castets), est éloigné des deux métropoles régionales, lequel éloignement a longtemps rebuté les colons les plus aventureux et retardé ou empêché les innovations auxquelles les dialectes d’autres régions gasconnes, plus ouvertes et attractives, n’ont pas résisté. Le désert landais est ainsi comparable aux vallées pyrénéennes, dont le gascon est resté particulièrement conservateur et archaïque. L’aire du parler « noir » est une espèce de conservatoire linguistique, où a peut-être résisté un vocalisme primitif qui aurait reculé ailleurs.

Nous pensons que le vocalisme du gascon « noir » est sans doute beaucoup plus qu’une simple translation du système vocalique roman commun. Il semble en effet qu’on ait affaire à une réorganisation profonde dont on peut supposer, sans rien affirmer, qu’elle est due à des interférences de type substratique. C’est en tout cas un phénomène qui semble plus ancien qu’on a pu le croire et qui ne peut pas s’expliquer uniquement par des facteurs internes. Les indices plaidant pour l’interférence sont assez concordants et permettent d’envisager cette hypothèse. De plus, dans la mesure où les autres phénomènes de labialisation des voyelles antérieures trouvent des explications sensiblement différentes, la spécificité du gascon « noir » nous paraît bien réelle à l’intérieur de la Romania.

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Sources, crédits

Auteur :
Texte de Philippe Lartigue (OCG).

Notes :
1 Bourciez 1897, p. 93.
2 Bourciez 1922, p. 44, note 13. Bourciez 1956, p. 300.
3 Bourciez 1936, p. 14.
4 Bourciez 1897, p. 102-103.
5 Rohlfs 1977, p. 119. § 426. Ronjat 1930 I, p. 133.
6 Luchaire 1879, p. 201. Bourciez 1937-1939, p. 169.
7 Dinguirard 1977 , p. 243 et 244.
8 Chambon et Greub 2002, p. 489.
9 Jungemann 1955, p. 289, 293-294, 299-300, 302, 315-316. Bec 1970-1971 I, p. 191 évoque aussi la parenté du castillan et du gascon en liaison avec la proximité de la zone bascophone.
10 Martinet ne parle pas de « substrat » mais de bilinguisme durable, les habitudes articulatoires d‘une langue se transportant l‘autre. Économie des changements phonétiques, 1955, p. 249.
11 Séguy 1954-1973, carte 2152 et 2155.
12 Ronjat 1930 I, p. 88.
13 Millardet 1918-1921, p. 73-96.
14 Luchaire 1879, p. 228 et 265.
15 Bourciez 1956, p. 300.
16 Ronjat 1930 I, p. 213.
17 Hagège et Haudricourt 1978, p. 159-161.
18 Anglade 1921, p. 15.
19 Le sujet de la loi du moindre effort est évoqué chez Léon 1997, p. 63 ou Pierret 1994, p. 121.
20 Bourciez 1897, p. 101-102.
21 Bourciez 1897, p. 97.
22 Malmberg 1991, p. 115.
23 Lalanne 1949, fasc. 1, avertissement.
24 Lalanne 1949, fasc. 1, p. 51.
25 Lalanne 1949, fasc. 1, p. 43.
26 Baldinger 1958, p. 247.
27 Lalanne 1949, fasc. 1, p. 20.
28 Guiter 1978.
29 Guiter 1978, p. 187.
30 Baldinger 1958, p. 272.
31 Millardet 1910, p. 149 et 150.
32 Alibert Louis, « La langue d’oc », Annales de l’I.E.O., n° 6 et 7, 1951.
33 Viaut 1998, p. 96.
34 Luchaire 1879, p. 255.
35 Ronjat 1930 I, p. 29.
36 Baldinger 1958, p. 275.
37 Bourciez 1936, p. 7.
38 Haudricourt 1978, p. 193-194.
39 Ronjat 1930 I , p. 29.
40 Allières 2001, p. 240.
41 Wartburg 1967, p. 73.
42 L’idée d’une « langue romane commune » et a fortiori d’une « langue occitane commune » ressemble fort à un mythe venu tout droit du XIXe siècle et qui, malheureusement, fait encore florès.
43 Chambon et Greub 2002, p. 491-492.
44 Allières 2001, p. 230.
45 Ce terme ne recouvre pas une réalité historique dans la mesure où certains parlers de ce type sont ceux de régions n‘ayant jamais appartenu au Languedoc. Nous l‘utilisons seulement dans son acception linguistique.
46 Allières 1979, p. 20.
47 Baldinger 1958, p. 263-264 et 267.
48 Baldinger 1958, p. 276.
49 Jungemann 1955, p. 303.
50 Chambon et Greub 2002.
51 Baldinger 1958, p. 287.
52 Séguy 1954-1973, V, fasc. 2, p. 264.
53 Allières 1976, p. 60-62.
54 Allières 1987.
55 Allières 2001, p. 230.
56 Allières 1987, p. 198.
57 Luchaire 1877, p. p. 23-38, p. 69.
58 Hagège et Haudricourt 1978, p. 161 et 169.
59 Jungemann 1955.
60 Sauzet 1991, p. 10.
61 Jungemann 1955, p. 316.
62 Pierret 1994, p. 122-123.

Sources principales :
– J. Allières : « Les interférences phonologico-morphologiques en gascon occidental », La linguistique, 12-1, 1976, p 51-62.
– J. Allières : Manuel pratique de basque, Paris, 1979.
– J. Allières : « Gascón y euskera : afinidades e interrelaciones lingüísticas », Pirineo navarro-aragonés gascón y euskera, Bilbao, (Rd. R. Ciérvide), 1987, p 182-198.
– J. Allières : Manuel de linguistique romane, Paris, 2001.
– J. Anglade : Grammaire de l’ancien provençal ou ancienne langue d’oc, Paris, 1921.
– Baldinger : « La position du gascon entre la Galloromania et l‘Ibéroromania », Revue de linguistique romane, n° 22, 1958, p. 241-292.
– E. Bourciez : « Contribution à l‘étude du son oe landais », Communications faites au congrès international des langues romanes, Bordeaux, 1897, p. 93-104.
– E. Bourciez : La langue gasconne, Pau, 1922, 2000.
– E. Bourciez : « Le domaine gascon », Revue de Linguistique Romane, XII, 1936, p. 1-9.
– E. Bourciez : Éléments de linguistique romane, Paris, 1956
– J. Bourciez : « Observations sur l‘origine de l‘imparfait gascon dans les verbes en ĕre, ēre et ĭre », Revue de Linguistique Romane, 68, p. 162-178, 1937-1939.
– J.-P. Chambon et Y. Greub : « Note sur l‘âge du (proto)gascon », Revue de linguistique romane, 263-264, 2002, p. 473-495.
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> Et de nombreux travaux scientifiques disponibles ici.

Crédits :
– Cartes et figures : P. Lartigue.

Dernières modifications : janvier 2023