HISTOIRE &
ARCHÉOLOGIE

Antiquité


Il faut attendre la guerre des Gaules et les commentaires de César pour voir apparaître le sud-ouest de la France dans l’Histoire. Après avoir vaincu de nombreuses légions romaines, tué le lieutenant Lucius Valerius Praeconinus et mis en déroute le proconsul Lucius Manlius Nepos (en 78 av. n. è.), les Aquitains – Aquitani en latin – furent une nouvelle fois confrontés aux velléités romaines : Publius Licinius Crassus, lieutenant de César, marcha sur leur terre dans le but de les soumettre.

Fig. n° 1 : carte simplifiée de la Gaule à la veille de la conquête romaine.

LA CAMPAGNE D’AQUITAINE

Presque à la même époque, P. Crassus était arrivé dans l’Aquitaine, pays qui, à raison de son étendue et de sa population, peut être estimé, comme nous l’avons dit, le tiers de la Gaule. Songeant qu’il aurait à faire la guerre dans les mêmes lieux où, peu d’années auparavant, le lieutenant L. Valérius Préconinus avait été vaincu et tué, et d’où le proconsul Manlius avait été chassé après avoir perdu ses bagages, il crut qu’il ne pouvait déployer trop d’activité. Ayant donc pourvu aux vivres, rassemblé des auxiliaires et de la cavalerie, et fait venir en outre de Toulouse, de Carcasonne et de Narbonne, pays dépendants de la province romaine et voisins de l’Aquitaine, bon nombre d’hommes intrépides qu’il désigna, il mena son armée sur les terres des Sotiates . À la nouvelle de son arrivée, les Sotiates rassemblèrent des troupes considérables et de la cavalerie, qui faisait leur principale force, attaquèrent notre armée dans sa marche, et engagèrent avec elle un combat de cavalerie, dans lequel ayant été repoussés et poursuivis par la nôtre, ils firent tout à coup paraître leur infanterie, placée en embuscade dans un vallon. Ils assaillirent nos soldats épars et recommencèrent le combat.

Il fut long et opiniâtre : Les Sotiates, fiers de leurs anciennes victoires, regardaient le salut de toute l’Aquitanie comme attaché à leur valeur ; nos soldats voulaient montrer ce qu’ils pouvaient faire, en l’absence du général, sans l’aide des autres légions, sous la conduite d’un jeune chef. Couverts de blessures, les ennemis enfin tournèrent le dos ; on en tua un grand nombre, et Crassus, sans s’arrêter, mit le siège devant la capitale des Sotiates. Leur résistance courageuse l’obligea d’employer les mantelets et les tours. Tantôt ils faisaient des sorties, tantôt ils pratiquaient des mines jusque sous nos tranchées (sorte d’ouvrage où ils sont très habiles, leur pays étant plein de mines d’airain qu’ils exploitent) ; mais voyant tous leurs efforts échouer devant l’activité de nos soldats, ils députèrent à Crassus, pour lui demander de recevoir leur capitulation. Crassus y consentit, à la condition qu’ils livreraient leurs armes, ce qu’ils firent.

Tandis que tous les nôtres s’occupaient de l’exécution de ce traité, d’un autre côté de la ville se présenta le général en chef Adiatuanos, avec six cents hommes dévoués, de ceux que ces peuples appellent soldures. Telle est la condition de ces hommes, qu’ils jouissent de tous les biens de la vie avec ceux auxquels ils se sont consacrés par un pacte d’amitié ; si leur chef périt de mort violente, ils partagent son sort et se tuent de leur propre main ; et il n’est pas encore arrivé, de mémoire d’homme, qu’un de ceux qui s’étaient dévoués à un chef par un pacte semblable, ait refusé, celui-ci mort, de mourir aussitôt. C’est avec cette escorte qu’Adiatuanos tenta une sortie : les cris qui s’élevèrent sur cette partie du rempart firent courir aux armes ; et à la suite d’un combat sanglant, Adiatuanos, repoussé dans la ville, obtint cependant de Crassus d’être compris dans la capitulation générale.

Après avoir reçu les armes et les otages, Crassus marcha sur les terres des Vocates et des Tarusates. Les Barbares, vivement effrayés en apprenant qu’une place également défendue par la nature et par la main de l’homme était, peu de jours après l’arrivée de Crassus, tombée en son pouvoir, s’envoient de toutes parts des députés, se liguent ensemble, se donnent mutuellement des otages, rassemblent des troupes. Ils députent aussi vers les états de l’Espagne citérieure, voisins de l’Aquitaine, pour qu’on leur envoie de là des secours et des chefs. À leur arrivée, pleins de confiance dans leur nombre, ils disposent tout pour la guerre. Ils mettent à leur tête ceux qui avaient longtemps servi sous Q. Sertorius et qui passaient pour très habiles dans l’art militaire. Ils commencent, à l’exemple du peuple romain, par prendre leurs positions, par fortifier leur camp, par nous intercepter les vivres. Crassus s’en aperçut, et, sentant bien que ses troupes étaient trop peu nombreuses pour les diviser, tandis que l’ennemi pouvait faire des courses, occuper les chemins, et cependant ne pas dégarnir son camp, ce qui devait rendre difficile l’arrivée des vivres, le nombre des ennemis croissant d’ailleurs de jour en jour, il pensa qu’il fallait se hâter de combattre. Il fit part de cet avis dans un conseil, et le voyant partagé par tout le monde, il fixa le jour suivant pour celui du combat.

Au point du jour, il fit sortir toutes les troupes, en forma deux lignes, plaça au milieu les auxiliaires, et attendit ce que feraient les ennemis. Ceux-ci, quoique, à raison de leur nombre et de leur ancienne gloire militaire, ils se crussent assurés de vaincre une poignée de Romains, tenaient cependant pour plus sûr encore, étant maîtres des passages et interceptant les vivres, d’obtenir une victoire qui ne leur coûtât pas de sang. Si la faim nous forçait à la retraite, ils profiteraient de notre découragement pour nous attaquer au milieu des embarras de notre marche et de nos bagages. Ce dessein fut approuvé de leurs chefs, et, tandis que l’armée romaine était en bataille, ils se tinrent dans leur camp. Ayant pénétré le but de cette inaction, dont l’effet fut d’inspirer à nos soldats d’autant plus d’ardeur à combattre que l’hésitation des ennemis passait pour de la crainte, et cédant au cri général qui s’éleva pour qu’on marchât sans délai contre eux, Crassus harangue ses troupes, et, selon leur vœux, il marche contre le camp.

Là, tandis que les uns comblent le fossé, que les autres, en lançant une grêle de traits, chassent du rempart ceux qui le défendent, les auxiliaires, sur qui Crassus comptait peu pour le combat, employés soit à passer les pierres et les traits, soit à apporter les fascines, pouvaient cependant figurer comme combattants. De son côté l’ennemi déployait un courage persévérant, et ses traits, lancés d’en haut, ne se perdaient point. Sur ces entrefaites, des cavaliers qui venaient de faire le tour du camp, rapportèrent à Crassus qu’il était faiblement fortifié du côté de la porte décumane, et qu’il offrait sur ce point un accès facile.

Crassus recommande aux préfets de la cavalerie d’encourager leurs soldats par la promesse de grandes récompenses, et leur explique ses intentions. Ceux-ci, d’après l’ordre qu’ils ont reçu, prennent avec eux quatre cohortes toutes fraîches, restées à la garde du camp, et, leur faisant faire un long détour. Pour dérober leur marche aux yeux de l’ennemi, occupé tout entier à combattre, ils arrivent promptement à cette partie du retranchement dont nous parlions, en forcent l’entrée et pénètrent dans le camp des ennemis avant que ceux-ci aient pu les apercevoir ou apprendre ce qui se passe. Avertis par les cris qui se font entendre de ce côté, les nôtres sentent renaître leurs forces, comme il arrive d’ordinaire quand on a l’espoir de vaincre, et ils pressent l’attaque avec plus de vigueur. Les ennemis, enveloppés de toutes parts, perdent courage, se précipitent du haut de leurs remparts et cherchent leur salut dans la fuite. La cavalerie les atteignit en rase campagne ; de cinquante mille hommes fournis par l’Aquitaine et le pays des Cantabres, elle laissa à peine échapper le quart, et ne rentra au camp que bien avant dans la nuit.

Au bruit de cette victoire la plus grande partie de l’Aquitanie se rendit à Crassus, et envoya d’elle-même des otages. De ce nombre furent les Tarbelles, les Bigerrions, les Ptianii, les Vocates, les Tarusates, les Elusates, les Gates, les Ausques, les Garunni, les Sibuzates, et les Cocosates. Quelques états éloignés se fiant sur la saison avancée, négligèrent d’en faire autant.

César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre III, traduction de la Bibliotheca Classica Selecta.

Fig. n° 2 : Vercingétorix devant César.

Focus :

Les Aquitani : aux sources de l’ethnogenèse gasconne

AQUITANICAE

C’est sans doute à cause de l’imperfection de la victoire remportée par Crassus que César décida d’intervenir personnellement en 51 av. n. è., aidé de deux légions complètes (à titre comparatif l’ensemble des troupes romaines cantonnées en Espagne rassemblait alors trois légions) et d’une importante cavalerie. Il assura la pacification, demanda des otages aux divers peuples groupés sous le nom d’Aquitains et il les fait ainsi mieux connaître.
Mais la victoire de César fut sans doute incomplète bien que « si prompte et si heureusement conduite », car son successeur, héritier et fils adoptif, Octavien, y déléguait en 38 av. n. è. son meilleur général, Agrippa, pour de nouvelles batilles. Les Aquitains demeuraient un ensemble de peuples turbulents, difficiles à convaincre.

Lorsque le 13 janvier 27 av. n. è., après un talentueux discours devant le sénat, Octavien devint Auguste, il partagea le gouvernement des provinces entre le sénat romain et l’empereur, se réservant l’administration des Gaules. Au cours de l’assemblée tenue à Narbonne il réorganisa l’ensemble du territoire gaulois et les Aquitains payèrent la rançon de leur opposition tenace à Rome. Afin de réduire leurs possibilités de révoltes, il décida de les unir à quatorze peuples réputés celtiques, vivant de l’autre côté de la Garonne, et constitua de cette manière une grande province qu’il appela province d’Aquitanique, développée jusqu’à la Loire. L’élément aquitain, devenu minoritaire, ne présenterait ainsi plus de danger, tandis que les Bituriges Vivisques (Bordeaux) et les Nitiobriges d’Agen assureraient les liaisons de part et d’autre de la Garonne.

Fig. n° 3 : vestiges de la ville antique de Losa (Sanguinet).

La paix augustéenne, bien préparée, s’installa vite et l’on peut dire que dès 16-13 av. n. è. elle apparaissait comme une réussite, couronnée l’année suivante par la mise en place du culte impérial, motif des grands rassemblements de l’unité romaine. Les peuples vigoureux qui avaient autrefois défié César étaient alors perdus au sein de « peuples petits et peu connus » selon Strabon dont deux, les Ausques (Auch) et les Convènes (Comminges) auraient reçu le droit latin.

Cette province fut gouvernée par un légat propréteur, à nomination impériale et qui détenait les pouvoirs civils et militaires, tandis que les finances relevaient en principe d’un procurateur impérial. Auguste (mort en 14) avait prévu une prompte assimilation. Pour enlever aux anciennes villes fortifiées aquitaines leur traditionnelle puissance, il créa, et ses successeurs continuèrent après lui, des colonies, qui furent des répliques des villes romaines. C’est ainsi qu’Aquae Tarbellicae devint Aquae Augustae (Dax) tandis que l’Elimberri des Ausques devenait Augusta Auscorum (Auch). L’archéologie confirme l’importance du Ier siècle comme point de départ de l’influence romaine, dans le domaine de l’architecture notamment, non seulement dans des sites anciennement occupés mais dans la mise en place de nouveaux centres d’habitats.

Fig. n° 4 : l’Aquitaine augustéenne.


Il n’y eut plus qu’une seule province d’Aquitanique, de Bourges aux Pyrénées, et l’unicité de son administration ressort à l’évidence de nombreux textes et inscriptions lapidaires. Au IIe siècle, le « servir augustal S. P. Seditanus, originaire de Dax dans la province d’Aquitanique » en portait de renom jusqu’à Tarragone. De cette unique province témoigne encore à la fin du IIIe siècle l’Itinéraire d’Antonin (291-296). Dans ce puissant cadre administratif, le nombre de peuples réputés constitutifs de l’ancienne Aquitaine de César va grandissant chez les auteurs, montrant du même coup la fragmentation accrue de groupements autochtones, de moins en moins importants alors qu’ l’influence des colonies romaines augmente. Le pays bascule vers une romanisation de plus en plus poussée dont la ville est le modèle tandis que les campagnes s’émiettent, perdant l’ancienne structuration des cités fortifiées. A la fin du Ier siècle, Pline compte déjà une trentaine de peuples qui n’ont pas encore livré tous leurs secrets, mais qui sont toujours présentés selon les trois zones déjà reconnues au temps de César : le pays des collines au nord, le réseau de l’Adour, la montagne.

Fig. n° 5 : l’itinéraire d’Antonin.

Partout, les installations romaines se multiplient et donnent le nouveau ton de la région, à mesure que le temps passe. Villae urbanae campagnardes, et cités aux riches monuments tissent un réseau de plus en plus dense, tandis que la langue latine devient le nécessaire atout de personnage voulant faire carrière dans les honneurs romains. Dans cette organisation, une cité devient progressivement de plus en plus importante : il s’agit de Lectoure, vieille capitale des Lactorates, placée au nord-est de l’ancienne Aquitaine, mais assez proche d’Agen, et situé sur une grande voie qui favorisait les relations.
Lectoure est déjà en bonne place dans la Géographie de Ptolémée, mais plus encore à travers l’un des plus riche corpus d’inscriptions que l’archéologie ait mis au jour. D’emblée on est obligé de reconnaître à cette cité un rôle particulier dans la vie romaine de la région aquitanique augustéenne. Dès le IIe siècle, elle abrite en effet une importante force militaire, cantonnement dont les raisons d’installation n’ont pas été mises en évidence mais qui pourraient bien concerner la surveillance d’une région sud-garonnaise peut-être mal apaisée cependant que ses richesses sont nécessaires à l’Empire. Ainsi, la protection de l’armée serait plus particulièrement nécessaire dans cette cité. Or les armées romaines, à partir du milieu du IIe siècle, constituent un milieu de prédilection des cultes orientaux, notamment ceux de Cybèle et Mithra. A l’occasion des mystères qui se déroulaient en l’honneur de ces divinités, un taureau était immolé selon un rituel précis et parfois une stèle commémorative était gravée pour conserver le souvenir de l’événement, notamment dans le culte de Cybèle et de son parèdre Attis. Plus de la moitié des stèles tauroboliques trouvées en France et qui témoignent d’un sacrifice ont été découvertes à Lectoure. En dehors des aspects religieux et militaires de la vie qu’elles évoquent, ces stèles font connaître, pour le IIIe siècle, l’existence d’un véritable centre administratif (la « res publica » de Lectoure) ainsi qu’une riche et puissante société que couronne un ordo puissant (noblesse urbaine).

Fig. n° 6 : autels tauroboliques de Lectoure.

Mieux, tout indique la présence à Lectoure de certains services de gouvernement régional spécifiquement sud-garonnais alors que vivait incontestablement la circonscription de grande Aquitanique, comme le précise l’Itinéraire d’Antonin déjà cité mais qui est un témoignage fort précieux car tardif (fin du IIIe siècle) de la durée de l’organisation augustéenne. Pourtant déjà au temps de Trajan (IIe siècle) C. Minicius Italus était salué du titre de « procurateur des provinces de Lyonnaise, d’Aquitanique et aussi de Lectoure »1, et il en fut de même d’un autre procurateur au temps de l’empereur Marc-Aurèle2. C’est dire qu’il existait là un centre de perception des impôts, ce que confirme la stèle de L. V. Clemens qui « a reçu à Lectoure le cens, ayant été envoyé à cet effet par le divin empereur »3. Ces inscriptions témoignent d’un fait : au sein de la province augustéenne d’Aquitanique, l’ancienne Aquitaine de César qui n’existe plus conserve une administration financière particulière. Quelques stèles provenant de la partie nord-garonnaise de l’Aquitanique indiquent l’existence de services qui sont comme la réplique de l’organisation lectouroise du sud, et mettent en évidence des administrateurs particuliers au nord, notamment dans le domaine du recrutement militaire. La réorganisation voulue par Auguste a donc rapidement connu certaines adaptations où se retrouvent les anciens clivages, et notamment les traits particuliers d’une entité sud-garonnaise qui n’a pas pu être abolie par la réforme d’Auguste.

L’Aquitanique d’Auguste a représenté la première tentative pour unir les deux rives de la Garonne et constituer une vaste circonscription dont le souvenir demeura vivace, et notamment pendant la période médiévale où il pesa lourdement sur l’histoire de la Gascogne. On remarque cependant, dans les faits, la force maintenue des découpages anciens que le cours de l’histoire ne manquerait pas de voir renaître.

NOVEMPOPULANIA

La fin du IIIe siècle devait apporter d’importants changements dans l’organisation de la province augustéenne puisque l’on vit alors se reconstituer en partie l’ancienne Aquitaine de César. Le temps de Dioclétien, celui de la réorganisation complète de l’Empire dans une recherche de plus grande rentabilité, d’efficacité dans la défense des frontières, fut celui de la naissance ou renaissance de circonscriptions plus petites que celles qui avaient été héritées de l’empire augustéen.
Au sud de l’Aquitanique, le résultat de cette politique, soutenue semble-t-il par les vœux des habitants, fut la séparation des peuples établis au sud de la Garonne de leurs voisins du nord. Curieusement c’est la partie nord-garonnaise de l’Aquitanique augustéenne qui conserva le nom d’Aquitaine que lui avait apporté les peuples les plus méridionaux et il fallut désormais une autre référence pour désigner les terres des premiers Aquitains et les descendants de ceux-ci. On les nomma « Neuf Peuples » et leur circonscription « Province des Neuf Peuples ».

Fig. n° 7 : carte simplifiée de la Novempopulanie.

L’inscription conservée sur le mur latéral sud de l’église d’Hasparren (Pyrénées-Atlantiques) et la liste des provinces dite « Liste de Vérone » (297) à peu près contemporaines l’une de l’autre, indiquent pour la première fois l’existence de ce regroupement à caractère fortement ethnique et appuyé sur un nombre précis de « peuples ». Dioclétien, dans son travail de réorganisation des provinces, voulut créer des unités bien soudées, responsables de l’impôt, la défense, et rassemblées autour de forteresses urbaines dûment armées de murailles. Si la création de la province des « Neuf Peuples » ne fait aucun doute, les « peuples » qui la constituent n’ont pas été nommés dans les premiers documents cités ci-dessus, non plus que dans la liste de Polémius Silvius, un peu plus tardive. Les « Neuf Peuples » ne sont jamais dissociés les uns des autres et une inscription lapidaire va même les présenter comme formant une même souche, tel ce soldat « de race (stirps) novempopulanienne »4. A l’intérieur des lignages, chaque membre qu’il soit de Dax tarbelle ou d’Auch ausque, est vu d’abord comme novempopulanien. Ausone, dans son éloge du rhéteur Staphylius d’Auch le dit seulement « Novempopulanien » et rappelle avec orgueil que son oncle maternel, Tarbelle, a porté très loin le renom des Neuf Peuples. L’unité novempopulanienne l’emporte sur la singularité de tel ou tel peuple, et ce n’est que par hasard que telle cité ou telle autre est indiquée comme appartenant à cette province. Si à la fin du IVe siècle Ammien Marcellin indique que Bazas au nord, Auch à l’est « commanden » les entrées de la province, c’est bien encore l’unité de celle-ci qui apparaît le plus clairement. Bien évidemment, Auch, Bazas, Eauze dont les noms apparaissent au fil des textes, ne peuvent représenter la totalité des constituantes de la province.

Pour en connaître toutes les composantes, il faut attendre les premières années du Ve siècle où un document essentiel fournit la liste des peuples et leur organisation. La Notice des provinces et cités des Gaules énumère les cités qui entrent dans cette organisation provinciale5 :

Province de Neuf Peuples (XII cités). Métropole, la cité des Elusates (Eauze) [certains manuscrits indiquent ici Auch, en fonction vraisemblablement de la date à laquelle ils furent copiés, car la métropole a varié au cours de l’histoire]. La cité des Dacquois (Dax). La cité des Lactorates (Lectoure). La cité des Convènes (saint Bertrand). La cité des Consorrani (Couserans). La cité des Boïates (au sud de Bordeaux). La cité des Béarnais (Lescar). La cité des Aturenses (Aire). La cité des Vasates (Bazas). La cité des Bigourdans où se trouve le château de Tarbes. La cité des Oloronais (Oloron). La cité des Auscitains (Auch).

Il apparaît que les cités de la province des Neuf Peuples sont au nombre de douze et non de neuf en ce début du Ve siècle. Il serait pourtant difficile de ne pas reconnaître dans les « cités » du Bas-Empire l’équivalent des héritières des « peuples » ou pays (pagi) de la tradition plus ancienne, encore qu’il s’agisse de deux notions distinctes.

L’administration générale de la province novempopulanienne est confiée à un gouverneur (praeses) qui réside à Eauze. On connaît quelques titulaires de cette charge par leurs épitaphes retrouvées6. L’organisation militaire est particulièrement intéressante puisque sur la Garonne règne un préfet de la milice de la Garonne rattaché au Tractus Armoricanus du littoral atlantique que commande un duc, ce qui indique l’existence d’une flotte de surveillance croisant dans la partie inférieure du fleuve et soumise à un préfet qui a une réelle autonomie tactique dans la zone qu’il surveille. La région bordelaise reçoit ainsi, pour la première fois semble-t-il, une mission de particulière surveillance en relation avec le territoire de la future Gascogne, rôle que le Haut Moyen Âge devait lui conserver, renversement de situation par rapport aux Aquitains de César qui toléraient « sans tribut » les Bituriges de Bordeaux sur leur territoire. Le renforcement militaire de la région nord de la province novempopulanienne s’appuie donc sur la Garonne.

Fig. n° 8 : Lapurdum (Bayonne).

D’autre part, à Bayonne (encore appelé Labourd) réside un tribun de cohorte spécialisée dans la défense fluviale de l’Adour, unité légère particulièrement équipée pour les interventions à partir des cours d’eau montagnards. La cohorte bayonnaise, qualifiée de « novempopulanienne » dans la Notice des dignités de l’Empire groupait environ un millier de soldats et assurait la sécurité du littoral atlantique novempopulanien au sud du Tractus Armoricanus. Son tribun dépendait du maître des milices d’infanterie des Gaules. Cette organisation originale (le tribun de la cohorte de la province novempopulanienne n’a qu’un seul homonyme en Gaule, celui de la région de l’Isère, autre commandement de troupes à la fois fluviales et montagnardes) complète à l’ouest la ligne de défense établie au nord et protège la province contre les pillards venus de l’Océan, d’autant que le Labourd, siège du commandement de la cohorte, est un gros ensemble fortifié de puissantes murailles (castrum). La province ainsi bien défendue, représentée par le praeses d’Eauze, est comprise dans le grand diocèse civil de Viennoise qui, après 355, prendra par intermittence le nom de diocèse d’Aquitaine en fonction des lieux variables des résidences du vicaire impérial, Arles ou Bordeaux.

La seconde moitié du IVe siècle est marquée par l’organisation des communautés chrétiennes dans les villes et hors des villes, au sein des anciens vics.
Le Christianisme a alors incontestablement gagné jusqu’au monde des puissants, sénateurs, consuls qui n’en gardent pas moins un genre de vie inspiré par la Rome païenne et une culture dans laquelle les dieux du Capitole et leur abondante suite deviennent source d’inspiration poétique et artistique (Ausone, Paulin de Pella). Certains d’entre eux font cependant sacrifice de cette « douceur de vivre », se dépouillent de leurs biens et de leurs honneurs, et se retirent afin de vivre les préceptes du Christ (Paulin de Nole). Les deux attitudes existent, même si les vestiges archéologiques donnent le beau rôle à l’opulence heureuse des maîtres des villae urbanae.

Fig. n° 9 : villa de Séviac.

Celles-ci sont en effet la marque la mieux conservée du IVe siècle, qui ne les vit pas naître mais se développer, s’agrandir avec une incroyable diversité et richesse de matériaux et de décors. Architecture ample des thermes, péristyles, salles chauffées et bien agencées, agrément des bassins où jouent l’eau et la lumière : le climat, l’aisance des Novempopulaniens et leurs intérêts méditerranéens se prêtaient à cette réussite. A Mont-Maurin (Haute-Garonne), la villa du maître couvre une superficie imposante et accumule les œuvres d’art, tandis qu’à faible distance, la partie rustique de la résidence est l’indice d’un certain art de vivre selon les travaux et les jours. A Séviac (Gers), les maîtres ont embelli, modifié, recomposé au cours des siècle une vaste demeure, mais c’est bien au IVe siècle qu’un optimum fut atteint.
Les villes, suffisamment importantes pour qu’une douzaine d’entre elles accèdent au titre de « cités », constituent un réseau relativement dense qui s’ordonne autour de la métropole élusate tandis que presque partout la construction de remparts va vers son achèvement. Elles se parent elles aussi d’une architecture nouvelle dont l’Eglise est en partie le maître-d’œuvre, édifices cathédraux, baptistères, palais, quartiers neufs autour de sanctuaires urbains et suburbains surgissent en différents points de villes très souvent dédoublées (haute- et basse-ville à Lectoure, Auch, attestées par l’enquête archéologique).

Dans cette ultime phase « romaine » de leur histoire, les Neuf Peuples ont si bien accepté la civilisation des Romains qu’ils ont définitivement adopté sa langue latine, laissant reculer jusqu’aux extrémités sud-occidentales de la province leur langue originelle, demeurée peut-être ailleurs comme un substrat linguistique puissant. Dans le reste de la province se développait et s’adaptait en effet un latin régional qui devait devenir le « gascon médiéval ».
Le beau « IVe siècle » de la romanité novempopulanienne subit un sérieux assaut lorsqu’en l’année 406, des barbares venus de l’est traversèrent le Rhin, la Loire, et un selon une diagonale nord-est – sud-ouest arrivèrent en ces contrées en y exerçant des ravages. L’Empire romain n’était point mort mais son influence en cette province devait se modifier considérablement vers le même temps.

Fig. n° 10 : remparts antiques de Dax.

REGNUM VISIGOTHORUM

Au début du Ve siècle, celui de la peur engendrée par les hordes barbares de Suèves, Alains et Vandales, la province novempopulanienne, comme les terres voisines, fut d’autre part marquée par un phénomène aux conséquences beaucoup plus durables, la mise en place de la « sors gothica » ou royaume des Wisigoths.

Cette organisation nouvelle de la vie novempopulanienne fut l’œuvre de Rome qui, en 418, offrit un traité à l’armée wisigothique qui venait de se distinguer en Espagne. L’empereur Honorius, avec l’accord des populations, lui confia la défense d’un territoire qui s’étendait du littoral atlantique aux sources de la Garonne et qui devait connaître par la suite une large dilatation. L’implantation gothique en terre novempopulanienne fut semble-t-il précocement réalisée puisque, en 439 déjà, l’évêque Orens d’Auch apparaissait comme l’ambassadeur exceptionnel du roi goth auprès du général romain, Litorius, qui assiégeait Narbonne.

Qui sont les Wisigoths ? Les « Wesi » sont l’aristocratie guerrière du peuple des cavaliers goths venus des régions scandinaves peut-être, puis danubiennes, dans une longue marche qui les conduisit par Byzance (378) et par Rome (410) jusqu’aux rivages méditerranéens les plus occidentaux. C’était en fait une armée que dirigeaient les Wesi des Goths et qui, pendant sa longue marche, avait accueilli des guerriers tant « scythes » que « romains », s’étaiet enrichie de tous les apports de l’Orient et de Byzance. L’empereur romain, qui ne voulait pas les voir s’installer en Méditerrannée et qui connaissait la valeur militaire des Goths, les jugea utiles en Gaule sud-occidentale. Ils empêcheraient le développement de révoltes locales (bagaudes hostiles aux riches sénateurs ou à Rome elle-même), et protègeraient la région contre toute attaque extérieure, les deux périls étant liés.

Fig. n° 11 : migrations wisigothiques.

Fig. n° 12 : trésor de Pietroasa, fin IVe/début Ve siècle, artefacts attribués aux Goths.

Il fallait à ces fiers lignages de chefs guerriers une contre-partie qui leur permît de vivre. N’étant pas agriculteurs et las d’attendre de Rome d’hypothétiques livraisons de vivres, ils souhaitèrent recevoir des terres productives, avec la main d’œuvre nécessaire, dans la zone remise à leur garde. Les possesseurs de domaines, les régisseurs de terres fiscales, remirent aux chefs goths les deux tiers de leurs biens fonciers et le tiers de la main d’œuvre dont ils disposaient. Les Gallo-Romains seuls à payer l’ensemble des impôts fonciers mais furent exempts du service armé qui incomba, pour tous, aux seuls Wisigoths, ce qui, en ces temps troubles, était une lourde charge. Les Goths s’en acquittèrent très bien et coururent défendre le nom romain jusque sur les lointains rivages de la Saône où leur roi, Théodoric Ier, trouva la mort dans la défense de l’empire (Campus Mauriacus, 451). Ils s’installèrent donc dans la plus attrayante des régions de Gaule, selon le jugement d’un prêtre de Marseille qui ne cache pas son étonnement de voir une si belle terre devenir l’apanage des Goths7 :

La province des Neuf Peuples… est le pays de toute fécondité, et, ce qui est encore plus apprécié que la fécondité, un pays d’agrément, de beauté, de volupté. Toute cette région est à ce point entrelacée de vignes, fleuries de prés, émaillées de cultures, regorgeante de fruit, couverte de moissons, que les possesseurs et les maître de cette terre semblent détenir non pas tant une portion du sol qu’une image du paradis.

Fig. n° 13 : bague en or et plaque-boucle en fer plaqué d’argent issues de la tombe de la Dame de Seysses (Haute-Garonne). > Explorer la tombe.

Si la dotation des Goths paraissait trop belle à Salvien, c’est que les nouveaux venus n’étaient pas seulement de valeureux guerriers mais qu’ils étaient aussi des hérétiques, tenant certes toujours dans leurs coffres la Bible d’Ulfila (vers 332) mais christianisés selon la doctrine du prêtre Arius qui avait été condamné au cours du Concile de Nicée en 325 (divergence sur la nature divine du Christ). Les Neuf Peuples, autour de leurs évêques, suivaient la doctrine romaine, catholique, nicéenne et avaient rejeté, en son temps, la tendance arienne. Si, malgré cette différence, les premières décennies de l’implantation gothique furent relativement paisibles sous la tutelle de l’empereur romain, tout fut modifié lorsque le roi Euric (466-484) s’émancipa juste avant que l’empire ne s’écroule.

Euric mit en œuvre une politique d’expansion territoriale et de gothisation, au mépris de l’empereur auquel il envoya, en 466, une ambassade comme à une puissance étrangère égale à la sienne. Il a l’orgueil du nom goth qu’il fait connaître à »l’univers tout entier », vole de victoire en victoire tel un « Mars gothique de la Garonne », fleuve dont il sillonne inlassablement les rives de sa résidence de Toulouse à celle de Bordeaux. Mais tout laisse à penser qu’il en fait autant tout au long de l’Adour où il séjourne longuement en son palais d’Aire d’où il gouverne d’une main ferme son royaume.

L’exposition virtuelle

Wisigoths : rois de Toulouse

En 470, c’est d’Aire qu’il lance dans tout son royaume des ordres redoutables contre les églises nicéennes, qu’il envoie en Auvergne le romain Séronat « véritable Catilina de notre siècle » qui « remplit chaque jour les autels d’accusés et les prisons de clercs ». Là aussi, au Mas d’Aire, reposent aujourd’hui les reliques de la plus « gasconne » des saintes, Quitterie (Witterich), princesse gothe passée au catholicisme, mise à mort pour cela, et dont la tradition place le martyr vers 475, au temps d’Euric. Le pays des Neuf Peuples, attaché à sa foi, fut puni par Euric selon le martyrologe de la province qui, de Maurin de Lectoure à Antoine de Lialores, place sous son gouvernement de nombreux et sanglants martyres.

De l’extrémité sud-occidentale de son territoire, Euric pouvait surveiller ses conquêtes en Espagne tarraconaise, et c’est peut-être dans sa résidence d’Aire que, comme le fit plus tard son fils pour les lois romaines, il fit compiler et rédiger, vers 475, les antiques coutumes des Goths connues sous le nom de « Code d’Euric » et dont seul un palimpseste (parchemin gratté et réutilisé) du VIe siècle a conservé par hasard quelques fragments.

Fig. n° 14 : évolution du royaume wisigoth.

Alaric II succéda à Euric le 28 décembre 484 et il tenta de faire de son règne une période d’apaisement sans toutefois renoncer à ses caractéristiques gothiques.
Dans la cité royale d’Aire se tint au mois de février 506 une brillante assemblée d’évêques et de grands appartenant tant au monde des « Wesi » qu’à celui des « provinciaux ». L’évêque nicéen d’Aire, Marcel, et le comte goth de la cité, Goïaric, accueillent un groupe de jurisconsultes que dirige Anianus. L’autorité d’Alaric préside à la naissance d’un recueil de lois inspirées en majorité du Code théodosien et destiné aux Gallo-Romains du royaume, oubliés d’Euric. Aire possède donc tout l’appareil nécessaire à une telle consultation. AInsi naquit le Bréviare d’Alaric, le 2 février 506, qui devait être immédiatement diffusé dans chaque cité par le biais des comtes et dont un exemplaire fut déposé dans les archives du palais. Il devait inspirer tout le droit romain médiéval.

Fig. n° 15 : Breviarium Alarici, copie du IXe siècle.

Les temps gothiques allaient s’achever sur une interrogation.
L’ordre gothique devait en effet être renversé par Clovis, vainqueur des Goths à Vouillé (près de Poitiers) où Alaric II trouva la mort à la fin de l’été 507. L’identité novempopulanienne n’avait pas été sérieusement ébranlée pendant le gouvernement wisigothique. La réalité religieuse de la province s’était finalement retrouvée et affermie dans la référence novempopulanienne qu’elle conserva par la suite fort longtemps (il y a une dizaine d’années, l’archevêque d’Auch portait encore le titre de « prélat de Novempopulanie », avec glissement du vocable).
D’autre part, les lignages « princiers » gothiques avaient permis le développement autour du roi, et malgré un rôle de plus en plus évident de celui-ci, de structures à la fois militaires, administratives et judiciaires qui devaient renforcer le rôle des cités, et la puissance des « comtes de la cité ». Enfin, sur les rivages océaniques, les Goths avaient assuré une défense efficace en plaçant des ducs à la tête de zones militaires renforcées. On n’avait plus entendu parler d’envahisseurs. La restructuration militaire et administrative des Goths entraîna, à court ou moyen terme, la disparition du comté puis de l’évêché des Boiates dont le territoire fut intégré dans un ensemble relevant d’un « ducatus » plus large, profilé comme on l’a vu dès le temps de Dioclétien, mais mieux structuré autour de Bordeaux et du littoral atlantique, comme un commandement militaire majeur remis à un duc.

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Notes, sources, crédits


Auteur :

Textes de Renée Mussot-Goulard, extraits du livre Histoire de la Gascogne, Paris, 1996.

Notes :
1 Corpus Inscriptionum Latinarum, V, 875.
2 Ibid, XIII, 528.
3 Borghesi, VI, 2, p. 543.
4 Corpus Inscriptionum Latinarum, V, 418.
5 Notice des provinces et cités des Gaules, éd. O. Seeck, p. 271.
6 Corpus Inscriptionum Latinarum, VI, 3, 9310.
7 Salvien, De Gubernatione Dei, VI, 5, éd. F. Pauly, p. 157-158.

Sources principales :
– César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre III, traduction de la Bibliotheca Classica Selecta.
🔗 J.-L. Boudartchouk : L’expansion des Goths de Gaule, conférence, Musée Saint-Raymond, 2020.
– R. Mussot-Goulard : Histoire de la Gascogne, Paris, 1996.
– R. Mussot-Goulard : Les Gascons, une aristocratie régionale aux temps mérovingiens, Biarritz, 2002.
– M. Rouche : L’Aquitaine, des Wisigoths aux Arabes : 418-781, naissance d’une région, Paris, 1979.
– Musée Saint-Raymond : Wisigoths : rois de Toulouse, Toulouse, 2020.
> Et de nombreux travaux scientifiques disponibles ici.

Crédits :
– Figure 1 : Wikimédia Commons et B. Caule.
– Figure 2 : Lionel Royer, Vercingétorix devant César, 1899.
– Figure 3 : Musée de Sanguinet.
– Figure 4 : Wikimédia Commons (slide 1) / J.-P. Bost, F. Tassaux et C. Coutelier (slide 2).
– Figure 5 : Konrad Miller (1887/1888), d’après la Table de Peutinger (XIIIe siècle).
– Figure 6 : Wikimédia Commons.
– Figure 7 : A. Longnon, P. Lartigue et B. Caule.
– Figure 8 : Dominique Duplantier.
– Figure 9 : Wikimédia Commons.
– Figure 10 : Tourisme Landes.
– Figure 11 : Encyclopaedia Britannica.
– Figure 12 : Musée Saint-Raymond.
– Figure 13 : Musée Saint-Raymond.
– Figure 14 : Musée Saint-Raymond.
– Figure 15 : Breviarium Alarici, Bibliothèque nationale de France, Latin 4404, folio 1v et 2r.

dernière modification : décembre 2022