
Plus d’un an après sa révélation au grand public, le premier dossier d’étude consacré à la Main d’Irulegi est enfin sorti !

Pour rappel, la main d’Irulegi a été découverte un an avant d’avoir été dévoilée au grand public. La première surprise fut que – à supposer que l’artefact soit local – les vascons savaient écrire avec une graphie ibère adaptée localement. L’écriture est composée de traits gravés, sur lesquels un deuxième scripteur a fait des points.
Même si on a vite rattaché la langue de la Main au basque à cause du premier mot « zorioneku » (zorioneko = « bienheureux, chanceux » en basque actuel), il semblerait qu’une étude plus minutieuse montre que les traits initiaux seraient la transcription de « zorioneke ». De plus, les bascologues sont sceptiques sur la première hypothèse d’un « zorioneko » qui aurait le même sens qu’en basque car le mot serait lexicalisé beaucoup plus tard. Par contre les composés « zori » (temps, sort) et « on » (bon) – ou leurs variantes – sont attestés dans des noms propres aquitains.
Les bascologues se sont aussi beaucoup penchés sur ce qui semble être un verbe : « er’aukon ». Il ressemble très fortement au verbe « donner » dont le COI serait à la troisième personne du singulier, du moins dans sa version labourdine « zeraukon », sûrement car la main serait une offrande à un Dieu (à – Zorion = Zorion – eke?). Néanmoins, le r’ n’est pas le même que celui de Zorioneke, ce qui pose problème car il devrait être le même en basque.
En ce qui concerne les ibéristes, ils proposent quelques pistes de rapprochement avec des mots ibères. Certains d’entre eux sont des partisans de la thèse basco-ibériste : ils ont tendance à penser que le basque et l’ibère font partie d’une même famille linguistique.
Demeure la question essentielle à propos de cette langue : comment la définir/nommer ? S’il semble plus simple de la nommer « vasconne » (car géographiquement sur le territoire des vascons), il est encore impossible de la lier précisément au basque actuel, voire de comprendre ses liens avec l’ibère. Si elle est l’ancêtre direct du basque actuel, beaucoup d’énigmes et d’incohérences persistent par rapport à ce que l’ on connait du basque historique et de l’aquitain. À moins que ce soit une langue cousine du basque, de la même famille, mais pas son ancêtre direct. D’autres pensent encore que ce serait une langue intermédiaire entre ibère et aquitain, une sorte de chaînon manquant dans le continuum dialectal pyrénéen pré-roman, mais cette dernière hypothèse n’a pour l’instant pas vraiment de base solide pour être confirmée.
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